Fragments de rebord et de paroi d'un pot
Pointe-à-Callière
 
 
Un arrivage de la Saintonge
 
Les fragments d’artéfacts en céramique sont sans doute parmi les matériaux que l’on retrouve en plus grand nombre lors des fouilles archéologiques au Québec. Objets du quotidien par excellence, ils se déclinent en une très grande variété et constituent une des matières les plus utiles pour la datation et l’interprétation de nos sites. Certains types de céramique sont très populaires et fréquemment mis au jour. D’autres sont plus rares, tels certains fragments que nous avons dégagés dans quelques lots associés au Fort de Ville-Marie.
 
En effet, des tessons ont retenu l’attention des archéologues dès les premières années de recherche à l’école de fouilles. Il s’agit de fragments de terre cuite commune, composés d’une argile variant du blanc au chamois pâle à glaçure incolore, agrémentés de bandes ou de trainées d’oxydes de teintes diverses : vert, jaunâtre, brun ou pourpre. Ces contenants à paroi mince et parfois ornés de décors moulés sont de fabrication très soignée si on les compare à la majorité des terres cuites communes européennes et locales.
 
La plupart de nos objets, généralement très parcellaires, ont eu durant les premières années de recherche une attribution incertaine, tant en ce qui concerne leur forme que leur origine. Nous avons d’abord cru qu’ils provenaient du nord de la France, plus particulièrement de Beauvais. Toutefois un doute subsistait puisque nos fragments ne correspondent pas tout à fait à la production de cette région.
 
Au fil des recherches, des rencontres et des récentes trouvailles dans le sol du Fort de Ville-Marie, il est maintenant possible de dire qu’il s’agit de terre cuite commune d’origine française produite plus précisément dans la région de Saintonge au 17e siècle.
 
 
Plusieurs fragments de ce type de céramique font partie de la collection de l’école de fouilles et parmi les objets identifiables, notons un rebord de bol à décor moulé, quelques pots ornés de bandes colorées et, plus inusité encore, un fragment de bénitier ou de navette, servant vraisemblablement au transport de l’eau bénite durant les offices. Ce dernier, trouvé dans le sol du lieu de fondation de Ville-Marie en 1642, s’accorde on ne peut mieux, à la mission de propagation de la foi chrétienne de la nouvelle bourgade.
 
Fragment de bénitier ou de navette
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Très peu d’exemplaires de cette céramique ont été trouvés dans la région de Montréal jusqu’à maintenant puisque rares sont les sites du milieu du 17e siècle ayant fait l’objet de fouilles archéologiques. Quelques exemplaires sont connus dans la région de Québec, notamment sur le site de l’Habitation de Champlain et du Château Saint-Louis.