Fouilles 2009
Pour une huitième saison consécutive, les fouilles ont été poursuivies à l’été 2009 sur le site de fondation de Montréal par une équipe composée d’archéologues professionnels et d’étudiants stagiaires. Les travaux ont permis la fouille complète de six nouvelles unités couvrant une superficie totale de 24 mètres carrés. Les unités sont localisées sur la portion centrale du site, le long d’une bande intermédiaire séparant les deux grandes aires inventoriées par le passé en ce secteur, lesquelles sont dorénavant reliées entre elles en un ensemble continu. Cette situation favorise aujourd’hui une meilleure compréhension de l’organisation au plan spatial des divers aménagements et constructions dont cette portion du site a fait l’objet au fil des siècles.
 
Les résultats obtenus en 2009 sont largement positifs. Toutes les unités ont révélé ainsi la présence de niveaux archéologiques bien préservés pouvant s’étaler sur 3,0 mètres et plus de profondeur et documentant toutes les phases de la longue séquence d’occupation du site. Les premiers événements documentés prennent place au cours de la préhistoire (période I, des origines à 1642). Quelques éclats de pierre taillée et tessons additionnels de poterie amérindienne datant de la période du Sylvicole supérieur, soit des années 1000 à 1534 de notre ère, ont été ainsi découverts en 2009. Le matériel préhistorique retrouvé à ce jour sur le site demeure toutefois peu nombreux et tout indique que l’extrémité de la pointe à Callières dont le site recoupe une section n’ait été fréquentée que de façon très occasionnelle au cours de la préhistoire et que les amérindiens ont préféré s’établir plutôt à l’époque sur l’autre rive de la Petite rivière, notamment dans le secteur de la place Royale.
 
La situation semble tout autre à l’époque historique. De nombreux objets, qu’il s’agisse de perles de verre, de pointes de flèches aménagées sur des supports de métal, des bagues de jésuites ou encore de certaines pipes en pierre, témoignent d’une présence amérindienne soutenue sur le site au cours du 17siècle.
 
 
La datation de ces occupations auxquelles sont associées également des concentrations importantes d’ossements de gibier et de poisson reste toutefois difficile à établir avec précision. Des indices suggèrent que certaines pourraient être antérieures à la fondation en 1642 du fort de Ville-Marie et datées de l’époque où, selon les documents historiques, la pointe à Callières a servi de lieu de rencontre et traite entre amérindiens et européens. Pensons à cet égard aux séjours prolongés que fit sur place Champlain en 1603 et 1611 en compagnie de groupes nombreux d’Amérindiens. Il demeure cependant que la majorité du matériel associé aux occupations amérindiennes a été retrouvée dans des niveaux archéologiques datant de l’époque du fort de Ville-Marie. Cette situation atteste de la coexistence à l’intérieur du fort d’une population mixte et du rôle important qu’ont joué les amérindiens lors de la fondation et dans les premières décennies d’existence de la colonie montréalaise.
 
Par ailleurs, plusieurs structures et aménagements dont le dégagement a été entrepris ou poursuivis en 2009 datent de l’époque du fort de Ville-Marie (période II, 1642-1688). Une maçonnerie de pierres (structure ST-44) dont les vestiges recoupent la portion nord de l’aire de fouille constitue à cet égard l’élément le plus spectaculaire. La portion dégagée de la structure couvre une longueur de 2,40 mètres. Elle est constituée d’un corps principal mesurant 80 centimètres de largeur, lequel est doublé à son extrémité Est d’un muret de 1,50 mètre de longueur disposée de façon symétrique de part et d’autre de l’axe du mur principal.
 

Photo : maçonnerie de pierre (structure ST-44)
 
D’autre part, nous savons que la maçonnerie ne peut se prolonger vers l’ouest que sur une courte distance car les travaux menés en 2008 ont révélé son l’absence dans les secteurs attenants de fouille. Nous présumons également que la section non dégagée de la structure comporte à son extrémité un second muret transversal, ce qui lui conférerait un plan en forme de « I » majuscule. Une seconde maçonnerie aux caractéristiques similaires (structure ST-56) a été retrouvée en 2006 sur la portion sud, au niveau de l’actuelle cour extérieure. Les deux ouvrages, distants d’une dizaine de mètres, sont disposés de façon parallèle et leurs extrémités dégagées sont parfaitement alignées. Tout indique ainsi un lien direct entre celles-ci et qu’elles faisaient partie d’une construction dont la fonction précise demeure encore indéterminée. Notons que la structure ST-56 était totalement isolée dans l’espace tandis que la maçonnerie ST-44 mise au jour en 2009 s’insère d’autres vestiges d’aménagements qu’elle relie entre eux. L’ouvrage est ainsi prolongé vers l’est par une tranchée de largeur équivalente à celle du muret transversal, soit 1,50 mètre, et dont la course s’étend jusqu’au niveau d’une grande fosse qui correspond à l’emprise d’un bâtiment en bois (structure ST-40). À l’ouest, une autre tranchée relie la maçonnerie à une seconde fosse de grandes dimensions dont la portion fouillée a révélé la présence d’un poteau en place (structure ST-62) et de plusieurs pièces éparses de bois. Tout ce secteur du site aura ainsi révélé un front continu de constructions qui faisait partie des installations du fort de Ville-Marie.
 
Fouilles 2009 (suite)
Une clôture constituée d’un rang serré de piquets, dont un long segment a été dégagée en 2009 (structure ST-42),  longe au sud, à une distance d’environ 2,50 mètres, la maçonnerie de pierres ST-44 et les divers creusements associés. La clôture s’aboute à l’est avec l’extrémité de la fosse du bâtiment ST-40 tandis que vers l’ouest, sa course bifurque à deux reprises pour contourner l’emplacement de la fosse ST-62.
 
 
Photo : clôture (structure ST-42)
 
Des aires d’activités distinctes ont été observées de part et d’autre du tracé de la clôture. Au nord, le corridor que délimitent la clôture ST-42 et le mur ST-44 définit ce qui apparaît comme une allée de circulation. Le seul dépôt archéologique associé à cette aire de passage correspond à l’horizon supérieur du sol naturel, lequel s’est avéré presque stérile en objets et autres traces d’occupation. Cette situation suggère une fréquentation limitée de ce secteur du fort ou encore que l’emprise du corridor était recouverte d’une chaussée dont les matériaux (pierre, bois) auraient été récupérés au moment de son abandon.
 
De son côté, la zone située au sud de la clôture ST-42 a révélé la présence de plusieurs niveaux archéologiques au contenu riche et diversifié.  Outre le sol naturel qui forme la surface d’occupation d’origine, il a été retrouvé en ce secteur un pavage grossier en pierres dont les vestiges s’étirent en direction de la maçonnerie ST-56. Il a été également poursuivi lors de l’intervention l’investigation d’un monticule de détritus domestiques, identifié en 2006, et d’une vaste aire de rejet d’ossements et de cendre qui s’étend dans la plupart des unités fouillées à ce jour en ce secteur du site. Ces deux contextes fournissent la vaste majorité des artefacts datant du fort de Ville-Marie. Ces activités survenues au sud de la clôture ont laissé également des dépôts d’oxydes ferreux qui  confèrent un aspect orange vif au sol d’occupation dans les sous-opérations-opérations 10B et 10D. Il peut s’agir de débris de minéraux de fers; les dépôts oxydés côtoient en effet des résidus de forge, observés en 8D en lien avec le mur ST-56 (fouilles de 2007). Les données recueillies en 2009 favorisent ainsi une meilleure compréhension de l’organisation interne du fort de Ville-Marie et des activités qui y prenaient place.
 
Pour leur part, les dépôts datant de l’époque du Château de Callière (période III, 1688-1765) et de celle du domaine de Callière (période IV, 1765-1805) fouillés en 2009 sont largement similaires à ceux des autres secteurs d’intervention sur le site et témoignent d’une grande continuité au plan spatial. Ils consistent notamment en l’imposant remblai mis en place au moment de l’aménagement initial du domaine de Callière à la fin des années 1680 et en la couche supérieure de sédiments organiques qui en constitue la surface d’occupation. Outre ces deux dépôts au contenu riche et diversifié en artefacts, les travaux ont révélé également la présence à l’extrémité nord de l’aire d’intervention des vestiges d’un bâtiment de bois érigé apparemment suite à l’incendie qui a détruit en 1765 le château de Callière. L’emplacement du bâtiment n’a été fouillée que sur une superficie restreinte mais le matériel associé, notamment la présence nombreuse de retailles d’écorce de bouleau, indique qu’il s’agit d’un atelier ayant servi à la fabrication ou à la réparation de canots et qui faisait partie des installations de la famille Labrosse, impliquée dans la traite des fourrures et propriétaire des lieux entre 1746 et 1792.
 
Trois générations de bâtiments commerciaux se sont succédé sur le site suite au démantèlement final du domaine de Callières au début du XIXe siècle. Les espaces fouillés en 2009 sont localisés au niveau d’une cour extérieure qui est demeuré dépourvue de toute construction jusqu’en 1879, soit tout au long des périodes V (1805-1842) et VI (1842-1879). Au cours de ces décennies, le terrain a fait l’objet de plusieurs épisodes de rehaussement, les remblais mis en place à chaque étape ayant servi de base d’appui à une nouvelle chaussée de circulation de nature variable dans le temps (gravier mortier, plancher de bois). Les segments dégagés en 2009 de ces chaussées permettent aujourd’hui une meilleure compréhension de leur articulation dans l’espace et de leurs liens avec les divers bâtiments en place sur le site. Enfin, les travaux ont permis de poursuivre l’investigation du hangar érigé en 1879 et dont l’aire de fouille recoupe au sud une longue section. Les données recueilles documentent principalement les nombreuses modifications apportées à la structure du bâtiment dont les fondations d’origine constituées d’une série de poteaux enfouis en profondeurs furent remplacées en 1894 par des murets de pierres reposant sur une semelle de béton grossier.
 
Les travaux projetés en 2010 vont permettre d’entreprendre l’exploration de la portion nord du terrain et favoriser ainsi la mise au jour de nouveaux vestiges de constructions et d’aires d’activités datant des différentes périodes de la longue séquence d’occupation du site de Pointe à Callière.